Neuralink ou orienter l’IA


Neuralink, la dernière-née des entreprises d’Elon Musk compte déjà plus de 60 salariés choisis parmi plus d’un millier de spécialistes, tous auditionnés par le milliardaire en personne – ce qui témoigne sans équivoque de l’intérêt qu’il porte au projet. Le journaliste Tim Urban, qui a passé quelques jours au sein de la start-up californienne, a fait un compte rendu très intéressant des objectifs poursuivis. Il s’agit –ni plus ni moins– que de réorienter le développement de l’intelligence artificielle (IA). Pour bien comprendre, il faut se rappeler qu’Elon Musk est aussi à l’origine du projet OpenAI dont l’objectif est le développement en open source de l’IA, ce qui permettrait d’éviter qu’une super intelligence ne soit développée par quelques entreprises ou personnes privées, et que, à leur service, elle manipule le reste du monde (ce qui est certainement dans le domaine de compétence d’une super intelligence). Or, malgré un budget initial d’un milliard de dollars, OpenAI est dans une impasse, d’où Neuralink. Pour éviter ce scénario catastrophe d’une super IA, E. Musk propose de faire de chacun d’entre nous une super intelligence. Son raisonnement est le suivant : nous sommes déjà des cyborgs, avec un smartphone greffé entre les deux pouces. Nos connaissances, réflexions et actions s’appuient sur un accès quasi permanent à l’Internet, au Cloud, et autres applications. Ce qui limite notre activité digitale, c’est la «bande passante» en sortie : une lettre après l’autre… Elon Musk propose d’augmenter de quelques ordres de grandeur cette «bande passante» en accédant directement à l’activité électrique de millions de neurones corticaux. Cette activité électrique, représentative des traitements cognitifs en cours, est bien plus riche qu’une simple description verbale. À certains moments, pour arriver à transcrire toutes les nuances de tous les aspects de l’idée que l’on a à l’esprit il nous faudrait écrire un véritable roman. Pouvoir transmettre cette idée «telle quelle» est donc un gain de temps considérable! La mise en œuvre matérielle repose sur l’utilisation de centaines de milliers d’électrodes intra-corticales. Les problèmes techniques sont nombreux tant au niveau de l’électrode, que de l’implantation de celle-ci au bon endroit –mais des pistes sont évoquées et les spécialistes de Neuralink sont certainement parmi les meilleurs. Pour ma part, je miserais sur des électrodes de type nano-robots, avec des capacités d’auto-organisation en ce qui concerne l’implantation via le circuit sanguin. Pour l’énergie, plutôt qu’une technologie type RFID, je crois plus dans l’extraction d’énergie au sein de l’eau structurée. Une image digitale en temps réel de notre traitement cortical et cognitif permet d’imaginer un accès au Web beaucoup plus précis qu’avec quelques mots clefs tapés dans un moteur de recherche. Du temps de gagné, de l’efficacité en plus: il n’est pas interdit de penser que nous aurons effectivement augmenté considérablement notre «intelligence». Les super IAs ne pourront pas se retourner contre nous –puisque chacun d’entre nous sera une super intelligence (CQFD). A terme Neuralink et ses (futurs) concurrents parviendront certainement à implanter une électrode au niveau de chacune des 160.000 colonnes corticales (une colonne agrège 100 000 neurones environ), ce qui sera suffisant pour disposer d’une image en temps réel de l’activité cognitive. Cependant, que faire de cette image? La traduire en informations digitales pour accéder au Web pardi ! Mais c’est là que le bât blesse : chaque cerveau est unique. Même en vivant exactement la même situation et en ayant la «même» idée, deux personnes n’ont pas la même activation électrique corticale. N’allez pas croire que les différences soient infimes, elles peuvent être très considérables et dépendent tant de la génétique que du vécu de l’individu. Il faut donc construire un traducteur spécifique à chaque individu. Comment? Par apprentissage: on met le sujet dans un environnement connu, on enregistre son activité corticale et on établit des corrélations entre «dedans» et «dehors». En soumettant tous les implantés à cette procédure, chacun d’entre eux disposera alors d’un lexique minimal pour traduire ses pensées, certainement suffisant pour demander l’heure –mais insuffisant pour véhiculer des nuances personnelles, des éléments spécifiques, des concepts nouveaux… Bref, nous nous retrouvons avec le même problème qu’aujourd’hui où le langage n’est pas suffisant pour exprimer nos nouvelles idées et où nous devons user de longues descriptions, de périphrases, d’analogies et de longues heures d’explications pour transmettre le fruit de notre nouvelle compréhension (intelligence). Il semble donc impossible d’expliquer –et donc de comprendre– plus rapidement demain qu’aujourd’hui.


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